Welcome back mate!

Le bivouac

Nous atterrissons à l’aéroport de Darwin. La ville, capitale du Territoire du Nord sera le point de départ de notre parcours en Australie. Le soleil n’est pas encore levé que Lambert s’emploie déjà à remonter les vélos pour que nous puissions commencer notre périple. Ce pays nous avait manqué et c’est avec plaisir que nous le retrouvons, lui, ses habitants sympas, ses policiers relaxes, son anglais à l’accent particulier auquel nous devons nous réhabituer. Dès le premier jour nous plongeons dans le bain de la faune australienne particulière et parfois menaçante, cacatoès, kangourous, serpents, moustiques agressives et sandflies… L’Australie n’aura pas attendu pour nous souhaiter la bienvenue!

Le lendemain de notre arrivée nous prenons la route direction le Parc National de Kakadu. Trois ans après notre première venue nous sommes excités à l’idée de revenir dans un pays qui nous avait plu, marqué, charmé. Nous sommes bien décidés à profiter de ce pays et à le (re)découvrir comme si c’était la première fois. Nos souvenirs se mêlent à de nouvelles découvertes. Nous reconnaissons les lieux, remarquons les changements, suivons nos anciennes empreintes et en créons de nouvelles. Les températures sont élevées durant la journée mais le vent frais qui les accompagne rend nos journées plus agréables. Nous avions oublié à quel point les distances étaient énormes dans ce pays, et nous voyons contraints de calculer les kilomètres à effectuer dans la journée pour atteindre les points de ravitaillement en eau et en nourriture. Nos montures ne nous permettent pas de transporter plus de 6 litres d’eau chacun et quelques paquets de pâtes. Nous devrons nous résigner à payer 4 dollars pour 500 g de pâtes dans une roadhouse sur la route du parc… Les road trains pouvant atteindre 53 mètres de longs se multiplient à mesure que nous approchons la ville de Jabiru dans le parc national de Kakadu. Ces immenses camions ne ralentissent pas et ne font pas d’écarts, nous devons bifurquer sur le bas-côtés à leur passage pour ne pas risquer de finir comme ces kangourous et vaches sur le bord de la route.

Les vélos sont arrivés de Bangkok sans dommages majeurs mais les kilomètres s’additionnent et ma roue arrière fait un bruit de craquement suspect que Lambert identifie comme venant du moailleux arrière. Darwin est à plus de 126 kilomètres de Corroboree Park, la roadhouse dans laquelle nous nous trouvons mais nous sommes chanceux, le propriétaire des lieux doit se rendre à Darwin et propose à Lambert de le déposer dans un magasin de vélo et de le ramener ensuite. La roue réparée nous choisissons tout de même de rester sur place pour visionner le premier match de State of Origin. La compétition de rugby à 13 a lieue tous les ans et oppose le Queensland et le New South Wales (deux états du pays) au cours de trois matchs. L’ambiance est à la fête, certains arborent le bleu du NSW et les autres le bordeaux du QLD. Depuis notre premier séjour nous sommes définitivement Queenslander et saluons la victoire de notre équipe.

La route est droite et l’excitation descend au quatrième jour à mesure que l’ennui s’installe. Nous pensons sérieusement à trouver un véhicule motorisé avant de gagner la côte est. Nous croisons la route d’un couple de français en van qui va dans la même direction que nous et accepte de nous conduire nous et les vélos dans le Queensland. Nous leur en sommes vraiment reconnaissants car même en voiture ces 2600 kilomètres ont été longs, très longs et la semaine de route en van aurait été un mois et demi de vélo. Nous arriverons donc chez nos amis du Queensland du Nord plus tôt que prévu mais pourrons plus facilement trouver du travail puisque la saison agricole commence à peine.

Avant de prendre la route du Queensland nous passons un peu de temps dans le superbe parc national de Kakadu. Avec une superficie de 20 000 km2, Kakadu, qui doit son nom à un langage aborigène de la région le Gagadju, est l’un des plus grands parcs nationaux d’Australie. Les propriétaires traditionnels du parc sont les Bininj et les Mungguy, deux clans aborigènes qui ont pris soin de cette terre durant des milliers et des milliers d’années. Le parc concentre un grand nombre de peintures rupestres aborigènes témoignant des habitudes des ancêtres et représentant les esprits fondamentaux des croyances aborigènes. On peut découvrir ces peintures à Ubirr et Nourlangie. J’aurai sans doute l’occasion de revenir plus précisément sur l’art aborigène au cours de notre séjour. Le parc renferme une faune incroyable, c’est durant la saison sèche que de nombreux oiseaux se réunissent autour des billabongs, ces grands étangs crées par les pluies diluviennes de la saison humide. On peut notamment y voir des oies , des aigrettes ou des jacanas. A notre passage, le parc était encore très inondé à cause de l’exceptionnelle importance des pluies cette année et beaucoup de sentiers de marche et quelques routes étaient fermés. Nous n’avons donc pas pu voir autant que nous l’aurions souhaité mais nous n’avons que peu de regrets puisque nous prévoyions de revenir lorsque les oiseaux seraient plus nombreux. La région nous aura tout de même donné de beaux souvenirs, ceux de la croisière sur la Mary River avec ses oiseaux, ses crocodiles d’eau douce et d’eau de mer et ses lumières au crépuscule, ceux de ces superbes peintures rupestres qui ont traversé les âges pour nous parvenir.